Titre du livre : Gènes de la terre et mythes du ciel : une lecture en archéologie, généalogie et colonialisme de peuplement – avec une comparaison critique de la production intellectuelle sur la Palestine(2-2) Ahmad Saleh Saloum
Troisième partie : Le colonialisme de peuplement – De l’Afrique du Sud à la Palestine
(Chapitres 11 à 15 : Théorie, histoire et mécanismes de remplacement)
Introduction : Quand les envahisseurs s’habillent en revenants
Dans la première partie de ce livre, nous avons parcouru les couloirs de l’archéologie et vu comment la terre palestinienne a refusé de témoigner pour le récit biblique. Les mythes de l’Exode, de la Conquête et du Grand Royaume se sont effondrés, ne laissant que la terre cananéenne et palestinienne endurante. Dans la deuxième partie, nous sommes passés aux laboratoires génétiques et aux couloirs de l’histoire, où le concept de « peuple juif » en tant qu’unité ethnique ou politique s’est désintégré devant nous. Il est devenu clair que la soi-disant « juiverie mondiale » n’est rien d’autre que des sectes religieuses diverses d’origines multiples, unies ni par la langue, ni par la terre, ni par une histoire politique commune. Les sionistes ont inventé ce « peuple » au XIXe siècle pour justifier leur projet, puis ont estampillé la réalité vivante du mythe du « retour ».
Maintenant, dans cette troisième partie, nous arrivons au cœur de l’acte, non de la parole. Quel est le projet que les sionistes ont mené en Palestine, si ce n’est le « retour d’un peuple sur sa terre » comme ils le prétendent ? Et quelle est la classification scientifique qui capture ce phénomène si on le dépouille de son couvert idéologique ? La réponse, que le sionisme refuse d’entendre et que tous les modèles d’histoire comparative confirment, est : le colonialisme de peuplement.
Ni une occupation militaire passagère comme l’occupation de la France par l’Allemagne. Ni une occupation classique pour l’exploitation des ressources comme l’occupation de l’Inde par la Grande-Bretagne. Mais un pur colonialisme de peuplement, visant à transférer de nouveaux colons des pays colonisateurs vers la terre colonisée, à les substituer à la population autochtone, à effacer leur mémoire, leur culture et leur identité, et à transformer la terre en une nouvelle entité politique spirituellement et militairement alignée sur l’Occident. Ce type de colonialisme est le plus violent et le plus extrême, car il ne se contente pas de contrôler la terre, il veut remplacer un peuple par un autre, dépouiller le lieu de son histoire et écrire un nouveau récit commençant à « l’an zéro ».
Dans cette partie, nous voyagerons ensemble à travers les continents : de l’Amérique du Nord à l’Australie, de l’Algérie à l’Afrique du Sud et à la Rhodésie (aujourd’hui Zimbabwe). Nous verrons comment le modèle de peuplement s’est répété dans tous ces endroits : l’arrivée des colons européens, le déplacement des peuples autochtones, la construction d’un mythe de « terre vide » ou de « terre promise », puis la fin de ce modèle dans la plupart des cas, sauf deux cas aberrants : l’Amérique du Nord (où la population autochtone a été presque complètement exterminée) et la Palestine (où le colonialisme de peuplement perdure avec un soutien occidental illimité). Puis nous poserons la question centrale : pourquoi le projet sioniste a-t-il échoué à convaincre le monde pendant longtemps ? Comment la terre palestinienne et la résilience palestinienne ont-elles exposé la fausseté du récit biblique ? Et enfin, quelles leçons de l’effondrement du colonialisme de peuplement en Afrique du Sud et en Rhodésie peuvent être appliquées à la Palestine ?
Nous écrirons dans une langue littéraire et politique, car ce dont nous discutons n’est pas une université aride, mais une lutte existentielle entre un peuple résistant au déplacement et un autre portant un mythe et insistant pour le transformer en réalité. La langue ici est une arme, et la rhétorique n’est pas un embellissement, mais une nécessité pour dénouer les sortilèges du discours colonial qui s’habille des atours du droit et du salut.
Chapitre onze : Définir le colonialisme de peuplement – Théorie et histoire comparée
11.1 Colonialisme classique vs colonialisme de peuplement : Une différence d’essence, non de degré
Dans notre imaginaire collectif, le mot « colonialisme » évoque des images de soldats britanniques en Inde, de Français en Algérie, ou de Belges au Congo. Des soldats levant leurs drapeaux, établissant des administrations, extrayant des ressources, nommant des gouverneurs locaux, mais conservant la population autochtone comme ouvriers, domestiques et soldats, sans chercher à la remplacer. C’est le colonialisme classique (ou colonialisme d’exploitation) : le but est le contrôle des marchés, des ressources humaines et naturelles, les populations autochtones restant en nombre et avec leurs cultures, mais sous administration étrangère. L’exemple le plus clair : l’Inde britannique, où des centaines de millions d’Indiens sont restés, ont appris l’anglais, adopté certaines institutions britanniques, mais les Anglais n’ont pas essayé de remplacer les Indiens.
Le colonialisme de peuplement, cependant, est un modèle radicalement différent. Le but est de transférer de nouveaux colons du pays colonisateur vers la terre colonisée et d’établir une nouvelle société qui remplace la société autochtone. Les autochtones ne sont pas destinés à continuer comme main-d’œuvre ; ils sont vus comme un obstacle à éliminer : soit par déplacement forcé, soit par confinement dans des réserves, soit par génocide. La terre elle-même devient « une terre sans peuple » dans le récit colon, ou « une terre de peuple inférieur » à remplacer par un « peuple supérieur ». Exemples classiques : Amérique du Nord (Amérindiens) ; Australie (Aborigènes) ; Nouvelle-Zélande (Maoris) ; Algérie (phase des colons français) ; Afrique du Sud (Boers puis Britanniques) ; Rhodésie (aujourd’hui Zimbabwe) ; et la Palestine (sionistes).
La différence essentielle est que le colonialisme classique peut prendre fin (comme en Inde et en Algérie après les guerres de libération) sans que la population autochtone ne disparaisse. Le colonialisme de peuplement, s’il réussit, entraîne la disparition de la population autochtone ou sa réduction à une minorité marginalisée (comme en Amérique et en Australie). S’il échoue, le projet s’effondre et les colons retournent dans leurs pays d’origine (comme en Rhodésie et, dans une certaine mesure, en Afrique du Sud). La Palestine est un cas unique : le colonialisme de peuplement a perduré pendant plus d’un siècle, mais la population autochtone n’a pas disparu ; elle se multiplie et résiste, plaçant le projet dans une crise profonde.
11.2 La course vers la terre vide – Le mythe du vide préexistant
Tout projet de peuplement commence par un mythe : que la terre à coloniser était vide ou presque vide. Les colons européens en Amérique disaient : « Ce sont des terres sauvages habitées par des sauvages qui ne les exploitent pas ; nous venons les cultiver et les civiliser. » Les Britanniques en Australie disaient : « Terre vide (terra nullius) parce que les autochtones n’ont pas de propriété foncière individuelle. » Les Français en Algérie disaient : « La terre est en friche et les paysans autochtones ne l’exploitent pas bien. » Les sionistes disaient : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre » (Israel Zangwill, inspiré par un slogan sioniste antérieur). Cette phrase maudite, encore répétée dans le discours missionnaire sioniste, est une répétition du même mythe du vide préexistant. Le sens : la terre était vide, les habitants arabes n’étaient pas un peuple, juste des « Arabes » dispersés, et les colons juifs sont venus faire fleurir le désert. Ce récit efface toute une histoire d’agriculture, de villes et de culture palestiniennes, dressant un tableau faux qui ne peut résister à aucune enquête sérieuse.
La vérité : la Palestine au XIXe siècle était densément peuplée par rapport à sa superficie agricole limitée. Les paysans palestiniens vivaient dans des centaines de villages, cultivant la terre avec des systèmes avancés de terrasses, de puits et de canaux. Les villes comme Jérusalem, Jaffa, Haïfa, Gaza et Naplouse étaient des centres urbains dynamiques. La Palestine n’était ni vide ni stérile. Le mythe sioniste d’une « terre sans peuple » est un mensonge politique transparent, visant à lever l’obstacle moral au colonialisme de peuplement. Parce que tout colon, avant de déraciner un peuple de sa terre, a d’abord besoin de se convaincre que la terre n’appartenait vraiment à personne, et que les autochtones ne sont qu’une « ombre passagère » dans l’histoire. C’est la première justification idéologique, sans laquelle le projet ne peut commencer.
11.3 Un changement qualitatif dans la structure théorique : Le colonialisme de peuplement comme accumulation par dépossession
C’est ici qu’intervient le modèle théorique sur lequel nous nous appuyons – sans le nommer – qui analyse le colonialisme de peuplement comme faisant partie d’un système mondial d’accumulation capitaliste mais y ajoute une dimension géoculturelle unique. Alors que le colonialisme classique visait à exploiter la main-d’œuvre locale bon marché et les ressources naturelles (c’est-à-dire l’accumulation par l’exploitation), le colonialisme de peuplement repose sur un mécanisme différent : l’accumulation par dépossession. Autrement dit, les colons n’exploitent pas les autochtones (ils veulent s’en débarrasser), et construisent plutôt une nouvelle économie de leurs propres mains (et avec les mains de travailleurs étrangers importés ou d’autochtones temporairement asservis). Ce modèle a réussi en Amérique du Nord, où les Amérindiens ont été presque entièrement déplacés, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Il a réussi pendant un temps en Algérie (où les colons ont occupé les meilleures terres et chassé les paysans algériens vers les montagnes et les mauvaises terres). Il a réussi en Palestine où les institutions sionistes (le Fonds national juif) ont confisqué les terres palestiniennes et interdit leur location ou vente aux Arabes, les réservant aux Juifs.
Pourquoi cette discussion théorique est-elle importante ? Parce qu’elle nous permet de classer le sionisme comme un cas de peuplement typique, non comme un mouvement de libération nationale juif comme il le prétend. Un mouvement de libération nationale lutte pour l’indépendance d’un peuple vivant sur sa propre terre. Le sionisme a amené un peuple (des colons) de l’extérieur pour remplacer un autre peuple vivant sur sa terre. Ce n’est pas une libération ; c’est un colonialisme de peuplement dans le langage du XIXe siècle, et une occupation de peuplement dans le langage du XXIe siècle.
Chapitre douze : Le sionisme comme modèle de peuplement – Une lecture des structures et de l’idéologie
12.1 Les racines européennes du sionisme de peuplement
Le sionisme est né en Europe, plus précisément en Europe centrale et orientale (Allemagne, Autriche, Russie, Pologne), où les nationalités européennes luttaient et se formaient. Ses premiers fondateurs – Herzl, Pinsker, Nordau, Ussishkin – étaient des intellectuels juifs laïcs, pour la plupart d’origine ashkénaze, profondément influencés par la pensée nationaliste romantique allemande et le modèle colonial britannique et français. Herzl lui-même, dans son livre L’État juif (1896), ne parlait pas d’un « retour biblique » mais d’une « question juive » européenne nécessitant une solution européenne : une patrie pour les Juifs, mais pas nécessairement la Palestine (il envisagea l’Argentine, Chypre, le désert du Sinaï et plus tard l’Ouganda). Mais le courant nationaliste-religieux le plus militant (représenté par le rabbin Kook, puis plus tard par les sionistes religieux) a tiré le tapis vers la Palestine en se basant sur le récit biblique.
Le point crucial : le sionisme n’était pas un produit du patrimoine juif ancien, mais un produit du nationalisme et du colonialisme modernes européens. Les sionistes ont appris des Européens comment construire une « nation » et comment coloniser une « terre » et comment déplacer les populations « inférieures ». La seule différence était qu’ils ne possédaient pas la puissance d’un grand État colonial (comme la Grande-Bretagne ou la France), ils ont donc dû construire leur projet progressivement, avec des dons et de petites colonies (kibboutzims), puis avec l’aide des puissances coloniales plus tard (d’abord la Grande-Bretagne, puis les États-Unis). C’est le visage laid du sionisme : c’est un mouvement colonial européen, non un mouvement de libération juif moyen-oriental.
12.2 Les institutions de peuplement sionistes : Le Fonds national et l’Agence juive
Dès le premier Congrès sioniste (1897), le mouvement sioniste a créé des institutions visant à construire un « foyer national » sur le mode du peuplement. Les plus importantes sont :
· Le Fonds national juif (KKL) : Fondé en 1901 pour acheter des terres en Palestine et les posséder pour le « peuple juif ». La politique du Fonds était stricte : aucune terre appartenant au Fonds ne pouvait être vendue ou louée à des non-juifs. Cela signifiait que les centaines de milliers de dounams achetés par le Fonds (à des propriétaires terriens palestiniens absents ou à l’État ottoman) devenaient une terre purement juive, et les paysans palestiniens qui l’avaient parfois cultivée étaient expulsés. Le Fonds n’a pas acheté la terre pour vivre avec les Palestiniens, mais pour déplacer les Palestiniens.
· L’Agence juive : Fondée en 1929 comme organe représentant le mouvement sioniste devant l’autorité du mandat britannique. L’Agence a entrepris la planification de l’immigration juive, la distribution des colonies et la construction d’infrastructures (eau, électricité, communications) dans les zones qui deviendront plus tard Israël. Le travail de l’Agence était comme un gouvernement en formation dans un lieu où il n’avait pas encore la souveraineté. C’est le modèle de « l’État dans l’État », qui distingue le peuplement de la simple occupation : les colons construisent leurs institutions parallèles, en attendant le moment où elles deviendront les institutions officielles.
À ces institutions déclarées s’ajoutaient des institutions militaires non annoncées (Haganah, Irgoun, Lehi) qui ont pratiqué la violence contre les Palestiniens depuis les années 1920, culminant avec le nettoyage ethnique systématique de 1948.
12.3 Le sionisme était-il un colonialisme né de la pauvreté ou du capitalisme avancé ?
Voici une question théorique importante : les sionistes étaient-ils motivés par la peur et la persécution (l’antisémitisme européen) ou par une ambition coloniale expansionniste ? La réponse est les deux. D’une part, les Juifs d’Europe orientale souffraient d’une pauvreté extrême et de violences périodiques (pogroms), et la majorité souhaitait émigrer vers l’Amérique, non vers la Palestine. Mais l’élite sioniste a exploité cette peur pour diriger l’immigration vers la Palestine, non dans une perspective de « salut juif » au sens spirituel, mais dans une perspective de construction d’un projet de peuplement qui voyait en la Palestine une porte d’entrée pour contrôler le Moyen-Orient. Herzl lui-même écrivit dans son journal l’importance de la Palestine comme emplacement stratégique surplombant le canal de Suez et les routes commerciales entre l’Europe et l’Asie. Ce n’est pas le langage d’un prophète, mais d’un impérialiste.
D’autre part, les premiers colons venaient d’idéologies socialistes (les kibboutzims) rêvant de construire une société juste, mais ils appliquaient cette justice aux seuls Juifs, excluant complètement les Palestiniens. Fait frappant, ils n’ont pas proposé aux Palestiniens de se joindre à leur projet socialiste ; ils les traitaient soit comme des travailleurs temporaires bon marché (la politique de « Avodah Ivrit » encourageant l’utilisation uniquement de main-d’œuvre juive), soit comme des ennemis à éliminer. Cela révèle que le sionisme socialiste était fondamentalement un nationalisme de peuplement, et son socialisme était un couvert pour attirer les immigrants et mobiliser le soutien de la gauche européenne.
12.4 La violence de peuplement comme nécessité méthodologique
Tous les projets de peuplement sont intrinsèquement violents, car déplacer les populations autochtones ne se fait pas avec de belles paroles. En Amérique et en Australie, les colons européens ont utilisé la mise à mort systématique, les maladies et l’emprisonnement de masse. En Algérie, les Français ont utilisé le déplacement et les massacres. En Afrique du Sud, les Boers britanniques ont utilisé la guerre et le système d’apartheid. En Palestine, la violence de peuplement sioniste a commencé avec les premières immigrations (Aliah) : utilisation de milices pour protéger les colonies, attaques de villages palestiniens pour intimider les habitants, et campagnes d’intimidation précédant 1948. En 1948 même, les milices sionistes (Haganah, Irgoun, Lehi) ont mené des opérations de nettoyage ethnique systématique, la plus célèbre étant le massacre de Deir Yassin (avril 1948), où plus de 100 Palestiniens, pour la plupart des femmes et des enfants, ont été tués, et la population entière du village expulsée. Ce massacre, et d’autres, faisaient partie du « Plan Dalet », qui visait à nettoyer de vastes zones de Palestine de ses habitants arabes en faveur de l’établissement d’un État juif.
La violence ne s’est pas arrêtée en 1948 ; elle s’est poursuivie dans chaque guerre, dans les activités quotidiennes de peuplement et dans la répression continue. Cette violence n’est ni accidentelle ni réactive ; elle est l’essence du peuplement. Parce que vous ne pouvez pas placer un colon européen dans un lieu habité par un paysan palestinien sans expulser le Palestinien par la force ou la terreur. La violence de peuplement est l’outil, et la loi est le couvert. En Palestine, des lois sur les « biens des absents », sur la « nationalité » et la « loi du retour » ont été promulguées pour consacrer la dépossession après qu’elle ait eu lieu.
Chapitre treize : Mécanismes du peuplement sioniste – De l’achat de terres au déplacement et aux colonies
13.1 La première étape : Le peuplement par l’achat (1882-1948)
Au début du projet sioniste, le mouvement n’avait ni armée ni État, il s’est donc appuyé sur l’achat de terres. Comme mentionné, le Fonds national juif a acheté des terres à des propriétaires terriens palestiniens absents (beaucoup vivaient à Beyrouth, Damas ou au Caire), et parfois directement au gouvernement ottoman. Mais la vérité amère : la plupart des terres achetées par le Fonds étaient de riches terres agricoles, mais elles n’étaient pas vides. Elles étaient cultivées et habitées par des paysans palestiniens, souvent dans le cadre d’un système de métayage ou comme locataires. Après l’achat du Fonds, les paysans ont été expulsés de force ou dispersés. Ce furent les premières opérations de déplacement sionistes, menées dans un relatif silence, loin des regards occidentaux.
Entre 1882 et 1948, les Juifs ont réussi à acheter seulement 6 à 8 % de la terre de la Palestine historique. Mais ce pourcentage était concentré dans les zones les plus fertiles et côtières. Jusqu’en 1947, les Juifs possédaient 6 % de la terre et constituaient 30 % de la population (en raison de l’immigration). Mais le facteur décisif pour changer l’équation n’est pas venu de l’achat, mais du pouvoir militaire et politique.
13.2 1948 – Le grand moment du nettoyage ethnique
En 1947, les Nations unies ont adopté la résolution 181, qui attribuait aux Juifs (qui possédaient 6 % de la terre et constituaient un tiers de la population) 56 % de la Palestine historique. Les Arabes ont rejeté la résolution et la guerre a éclaté. Pendant la guerre, les forces sionistes ont exécuté ce qu’on appelle aujourd’hui la « Nakba » – le déplacement de plus de 750 000 Palestiniens de leurs foyers, villages et villes. Plus de 500 villages palestiniens ont été complètement détruits, et entre 10 000 et 15 000 Palestiniens ont été tués dans des massacres.
C’est ici la différence entre l’achat et le peuplement : en 1948, les Juifs ont réussi à contrôler 78 % de la Palestine historique (pas seulement 56 %) après que les Palestiniens aient fui ou aient été expulsés. Les terres qu’ils ont laissées – des terres agricoles et des villes entières – ont été confisquées par Israël en vertu des lois sur les « biens des absents » et données aux nouveaux colons juifs (principalement d’Europe de l’Est, d’Irak et du Yémen). C’est le pur colonialisme de peuplement : déplacer une population, confisquer ses biens, venir s’installer à sa place. Tout cela a été fait sous le couvert d’une « guerre existentielle » et de « l’indépendance ».
13.3 Après 1967 : Le peuplement en Cisjordanie et dans la bande de Gaza
Après la guerre de 1967, Israël a occupé le reste de la Palestine historique : la Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est) et la bande de Gaza. Au lieu de se retirer pour établir un État palestinien, Israël a immédiatement commencé à construire des colonies dans ces territoires occupés. C’est l’aspect le plus étrange du colonialisme de peuplement : il se déroule sur une terre qu’Israël a occupée militairement, non sur une terre achetée (les colonies de Cisjordanie n’ont pas été achetées mais placées de force). Aujourd’hui, il y a plus de 700 000 colons juifs en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, vivant dans des colonies illégales au regard du droit international (résolutions du Conseil de sécurité, avis de la Cour internationale de justice).
Ces colonies ne sont pas de simples « avant-postes » ; ce sont des villes, des autoroutes, des écoles, des usines et des zones industrielles, consommant la part du lion de l’eau et des ressources naturelles de la Cisjordanie. Leur existence coupe la connexion géographique entre les villes palestiniennes et transforme la Cisjordanie en cantons isolés. C’est l’objectif déclaré : empêcher l’établissement d’un État palestinien continu. À Gaza, malgré le retrait des colons israéliens en 2005, Israël contrôle toujours ses frontières, son espace aérien, sa mer et ses ressources (ce qu’on appelle « l’occupation indirecte »).
Les colonies sont le summum du colonialisme de peuplement de notre temps, car elles sont construites sous les yeux du monde, grandissent chaque jour et consument la terre palestinienne restante. Chaque nouvelle colonie est une « cinquième colonne » empêchant la paix, car les colons n’accepteront jamais de retourner en Israël (comme ce fut le cas en Rhodésie et en Afrique du Sud lors de l’effondrement du colonialisme). Ils utiliseront leurs armes et leurs relations dans l’armée et la politique pour empêcher tout règlement qui affecte leur existence.
13.4 L’apartheid israélien : Exposer le système juridique raciste
Le colonialisme de peuplement ne se contente pas de s’emparer des terres ; il établit un système juridique raciste (apartheid) qui maintient la suprématie des colons sur la population autochtone. En Israël à l’intérieur de la Ligne verte (territoires de 1948), il existe des lois discriminatoires envers les citoyens arabes (environ 20 % de la population) : la loi du retour accorde la citoyenneté israélienne immédiate à tout Juif du monde, tandis que les Palestiniens déplacés en 1948 n’ont pas le droit de revenir (pas même leurs descendants). Les lois foncières interdisent aux Arabes d’acheter ou de louer des terres appartenant au Fonds national (soit 13 % des terres d’Israël). Les noms des villages arabes détruits en 1948 ont été effacés et remplacés par des colonies juives.
En Cisjordanie, les conditions sont pires : deux systèmes juridiques séparés – le droit civil israélien pour les colons (qui jouissent de tous les droits des citoyens israéliens, y compris la liberté de mouvement et le vote à la Knesset) et la loi militaire pour les Palestiniens (qui sont soumis à des ordres militaires, sans droits civils, et interdits de voter à la Knesset ou de se déplacer librement). Alors que les colons peuvent circuler sur des routes pavées et sécurisées, les Palestiniens sont contraints à des chemins de terre et à des points de contrôle. Ce système n’est pas fondamentalement différent du système d’apartheid de l’ancienne Afrique du Sud, et a été classé comme apartheid par des organisations internationales de défense des droits de l’homme (B’Tselem, Human Rights Watch, Amnesty International). Ainsi, le colonialisme de peuplement sioniste n’est pas seulement une « occupation », c’est un système colonial-raciste intégré.
Chapitre quatorze : Pourquoi le projet a-t-il échoué à convaincre le monde – (Malgré tout) et reste-t-il le dernier ?
14.1 Parce que le récit archéologique s’est effondré – Et cette fois, il ne peut être caché
Comme nous l’avons expliqué dans la première partie, l’archéologie israélienne elle-même a détruit le mythe biblique. Il n’est plus possible pour un chercheur sérieux de prétendre que la « sortie d’Égypte » a eu lieu, que « Josué a conquis Canaan », ou que « David et Salomon ont établi un grand royaume ». La vérité est exposée : les Juifs n’étaient pas un peuple revenant mais une secte religieuse cananéenne locale. L’idée d’un « peuple retournant sur sa terre » après deux mille ans est une galopade à travers l’histoire. Mais Israël et ses alliés ont continué à répéter le mensonge parce qu’ils savaient que l’opinion publique occidentale ne lit pas l’archéologie, mais la Bible. Cependant, la propagation de l’information via Internet, et la traduction des livres de Finkelstein, Sand et Herzog en arabe et en anglais, a rendu la nouvelle génération plus consciente de la fragilité du récit sioniste. Ainsi, le monde, en particulier les jeunes en Occident, a commencé à se demander : si le récit du « retour » est faux, quelle est la justification morale d’Israël ?
14.2 Parce que les Palestiniens n’ont pas disparu – Le présent défie la mémoire
Le colonialisme de peuplement réussit lorsque la population autochtone disparaît (Amérique, Australie) ou devient une minorité silencieuse et terrorisée (Nouvelle-Zélande). Mais les Palestiniens n’ont pas disparu. Ils se sont multipliés, ont appris, ont écrit de la poésie, ont établi des institutions politiques et culturelles, et ont raconté leur histoire par le cinéma, les livres et l’art. Ils ne sont pas des « dommages collatéraux » dans l’histoire d’un autre, mais des acteurs primordiaux. Leurs récits de la Nakba, des villages détruits, du mur, des colonies, des prisons – tout cela parvient au monde par les Palestiniens eux-mêmes, qui ont prouvé qu’ils sont un peuple vivant qui ne peut être effacé.
La résilience palestinienne est le plus grand échec du projet colonial de peuplement sioniste. Parce que le peuplement a besoin que le monde oublie qu’il y a un autre peuple sur la terre. Mais les Palestiniens rappellent au monde chaque jour qu’ils sont là, plantant leur terre, défendant leurs maisons, naissant et mourant sous l’occupation. Cette résilience est ce qui a fait d’Israël un « État d’apartheid » dans la conscience de beaucoup, et non « l’État juif » promis par Herzl.
14.3 Parce que l’Occident a commencé à voir le vrai visage du colonialisme de peuplement
Jusqu’à récemment, le soutien occidental à Israël était presque absolu et sans critique, en raison de la culpabilité de l’Holocauste, et du récit colonial moyen-oriental. Mais au cours des deux dernières décennies, les choses ont changé : l’émergence du mouvement BDS, la montée de la gauche critique en Europe et en Amérique, les scandales des guerres sur Gaza (2008-2009, 2014, 2021, actuelle 2023-2024), et les rapports des grandes organisations de droits de l’homme classant Israël comme un État d’apartheid – tout cela a conduit l’opinion publique occidentale, en particulier les jeunes, à commencer à comprendre que la cause palestinienne est une cause de colonialisme de peuplement et de résistance, non un « conflit éternel entre deux cultures ».
Pourquoi Israël a-t-il échoué à convaincre le monde à long terme ? Parce que les mensonges ne durent pas longtemps face à l’accumulation de la réalité. Les images d’enfants palestiniens dont les maisons sont bombardées, le mur confisquant les terres, les colons brûlant les mosquées – tout cela a conduit le monde à conclure : ce n’est pas de « l’autodéfense », c’est du colonialisme de peuplement dans tous les sens du terme. Et plus le temps passe, plus l’écart se creuse entre le discours sioniste (progrès, démocratie, Jérusalem unie) et la vérité (apartheid, nettoyage ethnique, occupation). Cet écart ne peut être comblé qu’en mettant fin au colonialisme de peuplement lui-même.
Chapitre quinze : Conclusion de la troisième partie – Leçons de l’Afrique du Sud et de la Rhodésie et possibilité d’une percée palestinienne
15.1 Comment le colonialisme de peuplement s’est-il effondré en Afrique ?
Le XXe siècle a été témoin de l’effondrement de grands projets de peuplement en Afrique : le système de peuplement européen en Algérie s’est effondré après la guerre de libération (1954-1962), avec un million de colons français fuyant. Le système d’apartheid en Afrique du Sud s’est effondré entre 1990 et 1994 après des pressions internes (résistance populaire menée par l’ANC) et externes (sanctions internationales, mouvement de boycott), avec des dizaines de milliers de Blancs fuyant, mais la majorité restant sous un nouveau système démocratique avec protection des droits des minorités. Le système rhodésien (Zimbabwe) s’est effondré après une longue guerre de guérilla, avec la plupart des colons blancs fuyant (parfois avec l’aide britannique, parfois forcés).
Dans tous ces cas, les facteurs communs de l’effondrement étaient :
· Une résistance armée populaire qui n’a pas capitulé (le Front de libération nationale algérien, l’ANC et le PAC, la ZANU).
· Un boycott international et des sanctions économiques rendant la poursuite du système politiquement et économiquement coûteuse.
· Un changement de l’humeur mondiale après la guerre froide (ou pendant celle-ci, où les deux superpuissances ont utilisé le conflit à leur avantage, mais ont finalement fait pression sur les colons).
· L’échec du projet à attirer suffisamment de colons pour devenir une « majorité » pouvant conserver le pouvoir pour toujours.
15.2 Peut-on appliquer cela à la Palestine ?
La Palestine est différente à certains égards : Israël a extrait plus d’un million de colons à Jérusalem et en Cisjordanie (dans les territoires de 67), et dispose d’une société coloniale forte et armée. Elle bénéficie également d’un soutien américain illimité (veto au Conseil de sécurité, aide militaire annuelle de 3,8 milliards de dollars), et d’un soutien européen avec quelques critiques formelles. Plus crucial encore, Israël se considère comme un « État juif », non comme une simple « société de colons », ce qui rend le retrait ou l’effondrement psychologiquement plus difficile.
Mais des signes de faiblesse commencent à apparaître : Israël perd sa légitimité morale en Occident (en particulier chez les jeunes, les partis de gauche et écologistes). Il existe un mouvement BDS mondial croissant qui obtient des succès (boycott des produits des colonies, désinvestissement, expulsion d’Israël de certains forums académiques et culturels). La démographie joue contre Israël s’il insiste pour occuper la Cisjordanie : entre le fleuve et la mer, le nombre de Palestiniens et de Juifs est presque égal, ce qui signifie la fin d’un « État juif » démocratique s’il annexe toute la terre. Si Israël se retire de la Cisjordanie, ce serait un retrait déformé (mur, points de contrôle, colonies restantes), mais cela pourrait être le début d’une percée.
15.3 Requis : Redéfinir le conflit sur la base de l’élimination du colonialisme de peuplement
Si nous considérons la cause palestinienne comme un conflit de peuplement, non comme un conflit régional-religieux, alors la solution n’est pas « deux États pour deux peuples » (car le « peuple juif » n’existe pas, et le « peuple israélien » existant est une société de colons). La solution juste est un État démocratique unique du fleuve à la mer, basé sur une citoyenneté égale, avec le droit au retour des réfugiés palestiniens (la population autochtone déplacée). Dans cet État, les Juifs (en tant que groupe religieux et culturel, non une race supérieure) peuvent vivre en paix, mais sans avoir le droit à une « suprématie nationale » sur les Palestiniens. C’est le modèle de l’Afrique du Sud post-apartheid : une majorité noire gouverne, avec des droits pour la minorité blanche, mais sans retour au système d’apartheid.
Bien sûr, Israël n’acceptera pas cela volontairement. Mais tout comme le régime d’apartheid ne l’a pas accepté volontairement, il a fallu des décennies de résistance, de boycott et de pression. Le chemin pour libérer la Palestine du colonialisme de peuplement est long, mais il n’est pas impossible. Les Palestiniens ont prouvé au fil des décennies qu’ils ne disparaissent pas, et que la terre n’oublie pas ceux qui l’ont labourée. Et la terre palestinienne, comme nous l’avons dit dans la première partie, est le témoin éternel. Et quand la terre parle, les mythes tombent, les colons disparaissent et le droit revient à son peuple.
---
Quatrième partie : Quand la terre parle – Pourquoi le projet de peuplement a-t-il échoué à convaincre le monde ?
(Chapitres 16 à 20 : Démasquer le mythe, Résilience de la vérité et conditions de libération)
Introduction : Le dernier masque tombe
Dans les trois parties précédentes de ce livre, nous avons pratiqué ce qui s’apparente à une autopsie d’un grand mythe : le mythe du « peuple juif revenant sur la terre de ses pères ». Dans la première partie, nous avons vu comment l’archéologie a déclaré la faillite du récit biblique. Personne n’est sorti d’Égypte, Josué n’a pas conquis Canaan, et le royaume de David et Salomon n’était qu’une fantaisie tardive. Dans la deuxième partie, nous avons vu comment la génétique moderne et l’histoire ont déconstruit le concept de « peuple juif » en tant qu’unité ethnique ou politique, révélant qu’il s’agissait d’une invention sioniste moderne visant à envelopper un projet de peuplement dans les robes de la sainteté et de l’antiquité. Dans la troisième partie, nous avons vu comment ce projet n’est rien d’autre qu’un modèle extrême de colonialisme de peuplement, imitant ce qui s’est passé en Amérique, en Australie et en Afrique du Sud, mais avec une empreinte religieuse unique qui l’a rendu plus immunisé contre les critiques.
Maintenant, dans cette quatrième et dernière partie, nous en arrivons à la question du destin : après toute cette déconstruction théorique, historique et archéologique, pourquoi ce projet a-t-il échoué à convaincre pleinement le monde ? Pourquoi, malgré tout le soutien occidental, toute la supériorité militaire, et le contrôle d’Israël sur de vastes zones de la Palestine historique depuis 1948, le sionisme n’a-t-il pas réussi à imposer son récit comme une vérité incontestable, comme l’a fait, par exemple, le récit du « Conquérant blanc » en Amérique ? Pourquoi les Palestiniens sont-ils toujours présents dans la conscience mondiale, leur cause vivante, leur contre-mythe (le mythe palestinien) concurrençant le mythe sioniste et le dépassant même ces dernières années ?
Nous ne parlons pas ici d’un échec militaire – Israël gagne toutes les guerres et étend son territoire. Ni d’un échec démographique – Israël a attiré des millions de Juifs du monde entier, a grandi et a prospéré. Mais nous parlons d’un échec idéologique, moral et persuasif. L’échec du projet de peuplement à devenir un « fait accompli » internationalement acceptable, comme la colonisation de l’Amérique est devenue un fait accompli. Et les Palestiniens, après cent ans de peuplement, sont toujours considérés (même formellement) dans les forums internationaux comme un « peuple opprimé ayant des droits ». Pourquoi ?
La réponse concerne trois facteurs imbriqués : Premièrement, parce que le récit biblique s’est effondré sous le poids de l’archéologie moderne, et qu’il n’est plus possible de le maintenir comme histoire en dehors des murs des temples et des écoles religieuses. Deuxièmement, parce que les Palestiniens n’ont pas disparu comme les autres peuples autochtones ; ils ont enduré, se sont multipliés, ont développé leur récit national moderne, leurs outils de résistance et de médias. Troisièmement, parce que le colonialisme de peuplement en Palestine est arrivé très tard dans l’histoire, après la maturation des valeurs universelles des droits de l’homme, de l’autodétermination et de l’illégitimité du colonialisme et de l’occupation, ce qui rend son exposition plus facile et sa résistance plus légitime. Nous analyserons ces trois facteurs dans cette partie, concluant par des leçons et des prédictions sur l’avenir de l’élimination du colonialisme de peuplement en Palestine, en nous appuyant sur les expériences de l’Afrique du Sud, de la Rhodésie et de l’Algérie.
Le langage ici n’est pas seulement analytique, mais testimonial et contemplatif. Car nous n’écrivons pas seulement pour prouver, mais pour libérer nos esprits du sortilège du mythe de peuplement qui s’est revêtu de politique, de religion et de pseudo-science. La terre palestinienne a parlé, et il est temps de l’écouter avec nos cœurs et nos esprits réunis.
Chapitre seize : Démasquer le récit archéologique – La terre ne peut être façonnée comme de la pâte
16.1 La différence entre la Palestine et l’Amérique : Là où la terre n’est pas silencieuse
Lorsque les Européens ont colonisé l’Amérique du Nord aux XVIIe et XVIIIe siècles, les peuples autochtones (Amérindiens) vivaient dans des sociétés tribales orales, sans écriture, sans monuments de pierre massifs ni villes permanentes (sauf pour les civilisations maya, aztèque et inca en Amérique centrale et du Sud). Les Amérindiens n’avaient pas de « livres sacrés » détaillant leur histoire terrestre, ni de monuments massifs prouvant l’existence de leur État dans chaque parcelle de terre. Par conséquent, lorsque les Blancs ont commencé à écrire l’histoire américaine, ils l’ont dépeinte comme une « terre sauvage vide » ou une « terre insuffisamment exploitée par les indigènes ». Il n’y avait pas de « contre-récit archéologique » fort pour exposer le génocide et le déplacement. À ce jour, les écoliers américains apprennent l’histoire des « Pèlerins » et de « Thanksgiving », non l’histoire des massacres commis contre les Amérindiens. Bref, le succès du peuplement en Amérique a été possible en partie parce que la terre ne parlait pas un langage archéologique et textuel prouvant la propriété autochtone et réfutant le mythe de la « terre vide ».
La Palestine est totalement différente. La Palestine est une terre de livres, une terre de prophètes, une terre de civilisations successives qui ont laissé leurs traces à la vue de tous. Le Temple de Salomon (même petit) existait, les villes cananéennes existaient, les inscriptions assyriennes et égyptiennes existaient, les écrits romains, byzantins et islamiques existaient. Les colons sionistes ne pouvaient pas dire simplement « il n’y avait personne avant », car les preuves archéologiques et historiques prouvent le contraire. Par conséquent, les sionistes ont été contraints de construire leur propre récit biblique et de concurrencer le récit de l’histoire scientifique. Ils ont réussi pendant des décennies grâce à leur contrôle sur l’éducation, les médias et la publication de livres d’« archéologie biblique » mêlés à la foi. Mais après que les archéologues israéliens eux-mêmes ont commencé à révéler la vérité (Finkelstein, Herzog, et al.), le masque a commencé à tomber, pièce par pièce. Aujourd’hui, tout journaliste ou universitaire occidental impartial peut lire les preuves par lui-même : les livres de Finkelstein sont traduits en anglais et disponibles dans les bibliothèques, les rapports de fouilles sont publiés dans des revues scientifiques, et ces scientifiques ne peuvent être accusés d’antisémitisme car ils sont eux-mêmes des Juifs israéliens.
Le résultat : l’effondrement du récit archéologique a ouvert la porte à la déconstruction de l’ensemble du récit sioniste. Si la « sortie d’Égypte » n’a pas eu lieu, si la « conquête de Canaan » n’a pas eu lieu, si le royaume de David et Salomon est un mythe, alors que reste-t-il du « droit au retour » ? Que reste-t-il de l’idée que les Juifs sont un « peuple » ayant une longue histoire en Palestine qui leur donne la priorité sur les Palestiniens ? Rien. La terre palestinienne a parlé, et cette fois elle ne peut être réduite au silence.
16.2 Comment les Palestiniens ont-ils utilisé l’archéologie à leur avantage ?
Pendant que les sionistes utilisaient l’archéologie tantôt pour prouver le récit biblique (avant que cela ne se retourne contre eux), tantôt pour embellir les villes de colons (Jérusalem en particulier), les Palestiniens ont également appris que l’archéologie peut être une arme politique. Les historiens et archéologues palestiniens ont commencé à écrire des livres et à mener des fouilles montrant la continuité cananéenne-palestinienne dans la terre. En s’appuyant sur des travaux étrangers (y compris ceux de Finkelstein lui-même), ils ont prouvé que les Palestiniens sont la lignée directe des anciens habitants de la Palestine, et que les anciens « Enfants d’Israël » faisaient partie du même groupe de population locale, non des envahisseurs venus de l’extérieur. Ce type d’« archéologie de résistance » fait désormais partie des programmes scolaires palestiniens et des universités arabes, et commence à influencer le discours mondial. L’idée que les Juifs ne sont rien d’autre qu’une secte religieuse émergeant des Cananéens, et que les Palestiniens sont les Cananéens qui ont soit conservé leur religion soit changé plus tard, gagne du terrain.
Bref, l’échec du projet de peuplement à convaincre le monde est dû, premièrement, à l’effondrement de son fondement mythique (le récit biblique) sous les coups de la science moderne, tandis que les Palestiniens ont réussi à construire un contre-récit historique plus fort et plus convaincant basé sur des preuves matérielles, génétiques et textuelles non bibliques.
Chapitre dix-sept : Résilience palestinienne – Un peuple qui n’était pas destiné à disparaître
17.1 L’exception palestinienne : Quand le colonialisme de peuplement échoue à éliminer la population autochtone
Comme indiqué précédemment, le colonialisme de peuplement ne réussit que lorsque la population autochtone disparaît ou devient une minorité complètement marginalisée. En Amérique, les Amérindiens ont été exterminés ou confinés dans des réserves éloignées, et ils représentent aujourd’hui moins de 2 % de la population. En Australie, les Aborigènes représentent environ 3 % et souffrent d’une marginalisation extrême. En Nouvelle-Zélande, les Maoris représentent environ 15 % mais ont conservé certains droits grâce au traité de Waitangi. En Algérie, les colons français ne représentaient que 10 %, et quand ils sont partis en 1962, l’Algérie est revenue aux Algériens. En Afrique du Sud, les Blancs représentaient environ 20 %, et avec la fin de l’apartheid, ils sont restés une minorité, mais beaucoup ont émigré progressivement.
En Palestine, le tableau est radicalement différent. En Israël à l’intérieur de la Ligne verte, les Palestiniens (Arabes de 48) représentent environ 20 % de la population, augmentent naturellement et ont une représentation politique à la Knesset, bien que limitée et opprimée. En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, les Palestiniens constituent la grande majorité (environ 5 millions contre seulement 700 000 colons). Si l’on rassemble tous les Palestiniens de la Palestine historique (en Israël, en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est), leur nombre approche les 7 millions, soit à peu près le nombre de Juifs en Israël. Ce n’est pas un État d’apartheid classique où une minorité blanche gouverne une majorité noire ; c’est un cas unique : une société de colons (Juifs) essayant de contrôler une population autochtone (Palestiniens) presque égale en nombre. Cela signifie que la possibilité de la « disparition » ou de la « dissolution » des Palestiniens est inexistante. Toutes les tentatives de déplacement (1948, 1967, et après) ont échoué à atteindre leur objectif ultime.
17.2 Facteurs qui ont aidé les Palestiniens à endurer
Il existe de multiples raisons à la résilience des Palestiniens en tant que peuple face au colonialisme de peuplement depuis plus d’un siècle :
· Attachement à la terre : Les Palestiniens sont un peuple de paysans (fellahin), profondément attachés à leur terre par des systèmes agricoles et des avoirs familiaux profonds. Même lorsqu’ils ont été déplacés en 1948, la mémoire du village est restée vivante, et ils détiennent les clés de leurs maisons, exigeant le retour. Cet attachement à la terre est une résistance quotidienne en soi.
· Éducation et conscience politique : Les Palestiniens sont l’une des sociétés arabes les plus instruites. Ils ont produit une élite politique, intellectuelle et culturelle forte depuis la Nakba. L’Organisation de libération de la Palestine (avec tous ses défauts) a réussi à représenter les Palestiniens au niveau international et à formuler un récit national unifié. La société civile palestinienne est également très active dans la documentation, les médias et la résistance non violente.
· Le facteur démographique : Les taux de natalité palestiniens sont parmi les plus élevés du monde, ce qui signifie que l’augmentation naturelle dépasse de loin toute tentative sioniste de déplacement ou de démolition de maisons. Israël en est conscient et tente constamment d’encourager l’immigration juive pour maintenir une majorité juive, mais l’immigration juive d’Occident a fortement diminué sauf dans des cas spécifiques (par exemple, les Juifs de France et d’Ukraine).
· Soutien arabe et mondial : Malgré toutes les déceptions, la cause palestinienne reste une cause centrale dans le monde arabe et islamique, recevant un soutien populaire et officiel (bien que parfois formel). Mondialement, l’opinion publique occidentale s’est progressivement déplacée vers la sympathie pour les Palestiniens, surtout après les intifadas, les guerres sur Gaza et les scandales de l’apartheid.
17.3 De la « diaspora » à la « nation » – La construction du récit national palestinien
Alors que le sionisme a inventé un « peuple juif » à partir de presque rien, les Palestiniens ont construit leur récit national à partir d’un matériau réel : une terre commune, une langue commune, une histoire commune et un ennemi commun. Les Palestiniens sont passés de simples « Arabes palestiniens » à un « peuple palestinien » dans tous les sens du terme, établissant leurs institutions (OLP, Autorité nationale, organisations de la société civile, partis politiques, syndicats). Ce processus national, qui a commencé au début du XXe siècle et s’est achevé après la Nakba, a fait des Palestiniens un modèle unique au monde d’un peuple qui est né face à un colonialisme de peuplement qui cherchait à l’effacer. Fait remarquable, les Palestiniens se sont inspirés d’expériences de résistance mondiales (de l’Algérie à l’Afrique du Sud au Vietnam) et ont développé diverses méthodes de résistance. Grâce à cela, le colonialisme sioniste n’a pas réussi à convaincre le monde que les Palestiniens n’étaient que des « Arabes de passage » ou des « tribus éparses ». Les Palestiniens ont prouvé qu’ils sont une nation – une nation réelle, non une inventée comme le « peuple juif ».
Ainsi, l’échec du projet persuasif sioniste découle également de l’existence d’un « contre-peuple » résilient qui a forgé son propre récit, non à partir de mythes, mais d’une douleur vivante, d’une mémoire vivante et d’une lutte quotidienne. Ce peuple a refusé d’être une note de bas de page dans l’histoire d’un autre et a insisté pour être le héros de sa propre histoire. Ce refus est ce qui rend le colonialisme de peuplement en Palestine différent et moins réussi que ses homologues historiques.
Chapitre dix-huit : L’ère post-coloniale – Pourquoi le sionisme a-t-il échoué à maintenir son aura de légitimité ?
18.1 Calendrier inverse : Un sionisme tardif à une époque de décolonisation
Le projet sioniste est né à la fin du XIXe siècle, a mûri au début du XXe siècle, mais s’est principalement réalisé après la Seconde Guerre mondiale (1948, 1967). Cette période était une période de décolonisation mondiale, non d’expansion coloniale. Alors que l’Inde se libérait de la Grande-Bretagne (1947), l’Indonésie des Pays-Bas (1949), le Maroc et la Tunisie de la France (1956), et que l’Afrique subsaharienne se débarrassait du colonialisme européen dans les années 1960, le mouvement sioniste établissait un nouvel État colonial de peuplement sous le couvert de l’« autodétermination » juive. La contradiction était claire pour le monde. Comment l’Occident pouvait-il bénir un nouveau colonialisme à une époque où il adoptait le principe de « l’autodétermination des peuples colonisés » ? La solution était le deux poids deux mesures : soutenir Israël parce que c’était un allié stratégique, privilégiant les intérêts de la guerre froide sur les principes de décolonisation. Mais cette contradiction n’a pas échappé aux nations arabes, islamiques et non alignées, qui ont dénoncé à plusieurs reprises le sionisme comme une forme de colonialisme.
Le sionisme n’a pas pu utiliser le langage de la « libération du colonialisme » (comme l’ont fait plus tard les mouvements de résistance palestiniens) car il était lui-même un projet colonial. Par conséquent, il a été contraint d’emprunter le langage des droits historiques et religieux, un langage qui ne convainc pas l’esprit laïc moderne, mais seulement les croyants et les sentimentalistes. Avec la montée de la laïcité en Occident et l’éloignement des nouvelles générations des textes bibliques, l’autorité de ce langage s’est affaiblie.
18.2 La guerre froide comme couverture – Puis la couverture tombe
Pendant toute la guerre froide, Israël a bénéficié d’un soutien américain inconditionnel en tant qu’allié contre l’Union soviétique et le nationalisme arabe nassérien. Toute critique d’Israël était qualifiée d’« antisémitisme » ou de « soutien au communisme ». Ce couvert géopolitique a donné à Israël une grande liberté pour étendre les colonies et attaquer ses voisins. Mais avec la fin de la guerre froide (1989-1991), le couvert a commencé à s’amincir. Israël n’était plus le « seul bastion de la démocratie au Moyen-Orient contre le communisme », mais simplement un autre État confronté à des accusations de violations des droits de l’homme et du droit international. La première intifada (1987) et la seconde (2000) ont exposé l’occupation aux caméras mondiales. L’émergence des chaînes satellitaires (Al Jazeera, Al Arabiya, puis Internet et les réseaux sociaux) a brisé le monopole occidental sur le récit.
Aujourd’hui, le citoyen occidental moyen – en particulier les jeunes – peut voir des vidéos de l’armée israélienne tirant sur des manifestants désarmés, démolissant des maisons ou arrêtant des enfants. Ils lisent les tweets de journalistes palestiniens et de dissidents israéliens. Le discours sioniste classique (« nous sommes les plus moraux du monde ») ne peut plus résister à ce flot de contre-preuves. Ainsi, une grande partie du pouvoir de persuasion du projet s’est effondrée.
18.3 L’échec du « droit historique » face au « droit humain »
Le sionisme s’est longtemps appuyé sur le concept du « droit historique » juif à la Palestine. Mais ce concept s’est heurté au fil du temps à un concept plus puissant à l’ère moderne : le « droit humain » ou les « droits de l’homme », y compris le droit au retour des réfugiés. Même si les Juifs avaient un « droit historique » (ce qui est contesté), ce droit deviendrait nul s’il entrait en conflit avec les droits vivants d’un peuple réel vivant sur la terre aujourd’hui. Le droit international (après les procès de Nuremberg, la Déclaration universelle des droits de l’homme et la quatrième Convention de Genève) stipule que l’occupation ne crée aucun droit, que le déplacement de populations autochtones est un crime de guerre, et que la colonisation de territoires occupés est illégale. Israël a systématiquement violé toutes ces lois, et le monde a commencé à le remarquer.
La formule du « droit historique » était convaincante dans les années 1950 et 1960, lorsque le douloureux souvenir de l’Holocauste était encore vivant et que les nations occidentales se sentaient coupables envers les Juifs. Aujourd’hui, avec l’Holocauste vieux de 80 ans, et les nouvelles générations qui ne l’ont pas vécu, la « culpabilité de l’Holocauste » ne suffit plus à justifier la poursuite de l’occupation et de l’expansion des colonies. Certains commencent même à demander : pourquoi les Palestiniens devraient-ils payer le prix des crimes européens ? Cette question est décisive, révélant que le projet sioniste a été construit sur une erreur : transformer la tragédie des Juifs européens en légitimité pour coloniser la Palestine. Cette équation s’est progressivement effondrée.
Chapitre dix-neuf : Mécanismes de déconstruction – Comment mettre fin au colonialisme de peuplement en Palestine ?
19.1 S’inspirer du modèle sud-africain, non du modèle américain
L’effondrement du système d’apartheid en Afrique du Sud (1994) est le modèle le plus inspirant pour la lutte palestinienne. Pourquoi ? Parce que l’Afrique du Sud est le seul cas où un système de peuplement raciste profondément enraciné s’est effondré sans que les colons blancs ne fuient complètement ou ne soient exterminés. Les Blancs sont restés une minorité dans un État démocratique multiethnique, avec leurs droits protégés, mais sans suprématie raciale ou nationale. Les Palestiniens aspirent à un modèle similaire : un État démocratique unique du fleuve à la mer, où Juifs et Palestiniens vivent en égaux, les réfugiés palestiniens retournent dans leurs foyers, et Israël démantèle ses lois racistes (Loi du retour, lois foncières, se déclarant « État juif »). Ce modèle est catégoriquement rejeté par les sionistes car il signifierait la fin de la « suprématie du peuple juif » en Palestine. Mais c’est le seul modèle éthique et durable.
Le modèle des deux États (soutenu par l’administration américaine, l’UE et certains pays arabes) est, dans son analyse finale, un modèle qui préserve le colonialisme de peuplement, car les deux États seraient inégaux : un Israël puissant, armé nucléairement, soutenu par les États-Unis, et un État palestinien démilitarisé, non contigu, dont l’eau et l’espace aérien sont confisqués, et n’ayant qu’une souveraineté nominale. Le modèle des deux États ignore également le droit au retour des réfugiés palestiniens (plus de 7 millions de réfugiés dans le monde) et signifie une discrimination continue contre les Arabes de 48 (qui refusent de vivre comme une minorité dépossédée dans un État juif). Par conséquent, il est injuste et non viable.
On peut dire : les leçons de l’Afrique du Sud nous disent que le colonialisme de peuplement ne s’effondre que par une résistance populaire soutenue, un boycott international, des sanctions économiques et un isolement académique et culturel. Ces éléments ont commencé à apparaître en Palestine : le mouvement BDS a obtenu des succès notables, le courant pro-palestinien se développe dans les universités occidentales, et Israël est régulièrement condamné à l’ONU. Mais le principal obstacle est le veto américain au Conseil de sécurité et le soutien militaire massif. Donc, la première étape est de changer la position américaine, ce qui semble lointain pour le moment, mais pas impossible à long terme, surtout avec l’évolution de la composition démographique et culturelle en Amérique elle-même (les jeunes et les minorités deviennent moins favorables à Israël).
19.2 Démanteler le mythe sioniste de l’intérieur – Le rôle des Juifs antisionistes
Un aspect fondamental de l’échec du sionisme à convaincre le monde est qu’il existe de nombreux Juifs – en particulier dans la diaspora (Amérique et Europe) – qui refusent de se définir par le sionisme, s’opposent aux politiques israéliennes et luttent pour les droits des Palestiniens. Ces « Juifs antisionistes » ou « Juifs post-sionistes » offrent un témoignage crucial : le sionisme ne représente pas le judaïsme ou les Juifs, et l’on peut être un Juif pratiquant, laïc ou culturel sans croire qu’une religion a le droit de s’emparer de la terre d’un autre peuple. Des écrivains comme Shlomo Sand, Ilan Pappe, Yair Auron, Avigdor Feldman, Yehuda Magnes (un ancien fondateur sioniste qui s’est rétracté), sont tous des Juifs israéliens ou américains qui ont consacré leur vie à exposer la fausseté du récit sioniste. Ces voix sauvent la pensée critique des accusations d’antisémitisme et rendent le débat plus libre.
Démanteler le mythe de l’intérieur est plus important que le démanteler de l’extérieur, car cela frappe au cœur même de la légitimité d’Israël en tant qu’« État du peuple juif ». Si le « peuple juif » lui-même est divisé sur le sionisme, comment peut-il être considéré comme une vérité fixe ? C’est ce que l’Occident a commencé à comprendre.
19.3 L’évolution de la résistance – Continuité et transformations
Le colonialisme de peuplement ne peut être vaincu sans une résistance populaire palestinienne efficace. Cette résistance a évolué au fil du temps : de la lutte armée (1960-1980) à la première intifada populaire (1987) et la seconde (2000), à la résistance non violente à Bil’in, dans les fermes du sud d’Hébron, à la résistance numérique et diplomatique sur la scène internationale. La renaissance de l’idée d’« État unique », du droit au retour et de l’égalité complète au lieu des « deux États » gagne du terrain parmi les jeunes Palestiniens et les soutiens mondiaux. Ce changement d’objectifs, d’une solution conciliatoire (deux États) à une solution libératrice (un État démocratique unique), indique un désespoir croissant face au corrompu « processus de paix » et la prise de conscience que le colonialisme de peuplement ne peut être réformé ; il doit être démantelé.
Un autre facteur est la croissance démographique palestinienne continue, une arme pacifique mais efficace : le nombre de Palestiniens en Palestine historique approche celui des Juifs. Si Israël continue à s’étendre et à coloniser, il fera bientôt face à un dilemme : soit devenir un État d’apartheid refusant aux Palestiniens des droits égaux, soit devenir un État binational ou perdre son caractère juif. Les deux options sont difficiles. Ce scénario démographique, combiné à un boycott international croissant, pourrait éventuellement forcer Israël à négocier sérieusement la fin du colonialisme de peuplement.
Chapitre vingt : Conclusion du livre – La terre n’oublie pas et la mémoire ne se loue pas
Après quatre parties et des centaines de preuves, nous revenons au point de départ : la terre palestinienne.
Dans cette terre, que nous avons creusée ensemble chapitre après chapitre, nous avons entendu un témoignage silencieux mais décisif : des millions de personnes ne sont pas sorties d’Égypte, des armées n’ont pas conquis de villes, un grand royaume n’a pas été bâti. La terre a dit : mes premiers habitants étaient les Cananéens, desquels les Enfants d’Israël ont formé une secte religieuse, et desquels les Palestiniens ont formé un peuple. La terre a dit : il n’y a pas de « peuple juif revenant », seulement des sectes religieuses diverses dispersées sur la terre, dont la religion a été adoptée par des personnes d’origines différentes. La terre a dit : le projet venu s’installer à l’ère moderne n’est pas un « retour » mais un colonialisme de peuplement, dans toute son horreur et sa violence. Et la terre a enfin dit : je ne peux être effacée, et aucun mythe, aussi ancien soit-il, ne peut effacer mes véritables habitants qui ont résisté et continuent de résister.
L’échec du projet sioniste à convaincre le monde n’est pas un accident passager ; c’est le résultat inévitable d’un projet fondamentalement faux. Le mensonge peut réussir un temps – pendant des décennies parfois – s’il est soutenu par des navires de guerre, des chars, des bombes, de l’argent et le contrôle des médias. Mais le mensonge ne réussit pas éternellement, car la vérité, aussi longtemps qu’elle soit réprimée, finit par s’infiltrer par les fissures : par les témoignages des archéologues, par les gènes des peuples, par les cris des enfants bombardés, par l’encre des historiens honnêtes, et par l’insistance d’un peuple à survivre.
Ce que nous présentons dans ce livre n’est pas seulement un nouveau récit concurrent, mais une invitation à exhumer la vérité là où elle a été enterrée. Parce que la Palestine n’a jamais été une terre sans peuple, et les Juifs n’ont jamais été un peuple sans terre ; ils étaient plutôt des sectes et des individus qui ont souvent vécu en paix avec leurs voisins, mais un projet de peuplement s’est emparé de leur religion et de leur sang pour construire un État occidental raciste au cœur de l’Orient. Aujourd’hui, la tâche des peuples libres de partout est de démanteler ce colonialisme de peuplement comme d’autres ont été démantelés, et de rendre la terre à ses véritables propriétaires – à tous ses véritables propriétaires – sur des bases d’égalité et de justice, non sur des bases de suprématie raciale ou de « choix divin ».
Et la terre palestinienne – cette terre qui a tout vu, qui n’oubliera pas et ne mentira pas – attend le jour où elle sera visitée comme un sanctuaire de libération, non comme une terre disputée. Un jour où des maisons seront construites pour tous au lieu d’être démolies, où des arbres seront plantés au lieu d’être déracinés, et où des poèmes partagés seront écrits en arabe et en hébreu, sur les ruines de mythes mortels. Ce jour n’est pas proche, mais il n’est pas impossible. Tant que la terre parle, que la mémoire est vivante et que la justice est possible.
---
Conclusion du livre entier
Nous qui écrivons de notre exil, sous les bombardements, derrière les murs, nous savons que la vérité est une arme plus lente que la bombe, mais elle dure plus longtemps. Chaque pierre de Palestine raconte une histoire, chaque palmier témoigne de son propriétaire, chaque mètre de terre gémit sous les bottes des colons. Mais la terre ne meurt pas. La terre n’est pas volée pour toujours. Un jour viendra où le droit sera rétabli, où les envahisseurs tomberont comme d’autres envahisseurs avant eux, et où les champs fleuriront de liberté. Ce livre est un témoignage que le mythe a été exposé, que l’histoire se tient du côté de ceux qui ont résisté, non de ceux qui ont colonisé. Jusqu’à ce jour, nous continuerons à creuser la terre pour en extraire non seulement les ossements de nos morts, mais notre droit à la vie.
---
Cinquième partie : Le livre dans le miroir de la production de savoir – Une étude critique comparative du projet arabe, israélien et international
(Chapitres 21 à 25 : Réalisations, lacunes et apport qualitatif)
Introduction : Quand les textes se lisent les uns les autres
Ce livre n’est pas né dans un vide de savoir. Chaque travail intellectuel – en particulier celui lié à un conflit existentiel comme celui de la Palestine – n’est qu’un maillon d’une longue chaîne d’approches, de méthodologies et de réfutations. Depuis que l’Occident a commencé à lire la Bible comme de l’histoire, et depuis que le sionisme a forgé son récit fondateur, des chercheurs et penseurs de multiples côtés – arabes, israéliens et occidentaux – ont travaillé à réfuter, soutenir ou transcender ce récit. Aujourd’hui, après avoir achevé un livre de quatre parties, et après avoir formulé une vision spéciale combinant archéologie, génétique, théorie critique et analyse du colonialisme de peuplement dans un langage littéraire-politique plus proche de la poésie mélancolique que du débat académique aride, il est nécessaire de faire une brève pause devant ce que nous avons accompli et de le comparer à ce que d’autres ont accompli.
Cette cinquième et dernière partie n’est pas la fin du livre mais plutôt un miroir placé devant les réalisations arabes antérieures, les théories israéliennes critiques et les études internationales comparatives. C’est une tentative de voir où se situe ce petit texte – quatre-vingts pages seulement – sur une vaste et tentaculaire carte du savoir, souvent dominée par une spécialisation vaste et une profondeur parfois épuisante. Nous ne sommes pas ici pour nous vanter, ni pour dénigrer le travail des autres ; mais pour demander honnêtement : qu’apporte ce petit livre de nouveau ? Qu’ajoute-t-il à ce qu’ont dit Fayez Sayegh, Shlomo Sand, Israel Finkelstein, Nur Masalha, le père Michael Prior ? Et existe-t-il une lacune de savoir arabe et humaine que nous avons essayé de combler, ou du moins essayé de signaler ?
Nous tenterons de répondre à ces questions dans les chapitres suivants, à travers un bref mais précis voyage à travers trois principaux cadres de savoir : la littérature arabe sur la déconstruction du récit biblique (qui a commencé tardivement et avec des efforts individuels intermittents), la production universitaire israélienne critique (post-sionisme et archéologie critique), et les études internationales comparatives sur le colonialisme de peuplement et la problématique de la terre et de l’identité dans la Bible. Nous conclurons par un tableau analytique présentant ce qui est nouveau dans ce livre dans son contexte théorique et stylistique.
Chapitre vingt et un : La scène arabe – Des questions fondatrices à la critique du mythe biblique
21.1 Fayez Sayegh et les racines précoces – La lutte politique avant la déconstruction archéologique
La première contribution arabe sérieuse à l’approche du sionisme comme colonialisme de peuplement est peut-être celle de Fayez Sayegh (1922-1980), le chercheur palestinien qui publia en 1965 – trois ans avant l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza – son livre pionnier Le colonialisme sioniste en Palestine, le premier livre publié des mois après la fondation de l’Organisation de libération de la Palestine. Dans ce livre, Sayegh posa une base importante pour comprendre le sionisme comme un mouvement de peuplement-colonial, non comme un mouvement de libération nationale juif. Il analysa l’alliance entre l’impérialisme britannique et le mouvement sioniste, et discuta de la nature de l’État colonial de peuplement sioniste, y compris son racisme et sa violence institutionnelle. La contribution de Sayegh était politique par excellence : il considérait le sionisme du point de vue de la dépendance, de la lutte des classes et de l’impérialisme. Mais son livre ne s’intéressait pas beaucoup à déconstruire la justification religieuse-historique sioniste, ni à approfondir l’archéologie biblique ou à réfuter le récit biblique basé sur les fouilles et la génétique. Cela était compréhensible dans le contexte des années 1960 où la bataille était principalement politique et militaire, et où les faits archéologiques n’avaient pas encore mûri comme ils l’ont fait par la suite.
21.2 Efforts arabes dispersés – De Ali Al-Wardi à Fadel Al-Rubaie
Il existe un autre courant arabe, moins organisé et plus audacieux, qui a abordé la critique du récit biblique sous différents angles, souvent en dehors des cadres académiques traditionnels. L’exemple le plus marquant est Ali Al-Wardi (1913-1995), le grand sociologue irakien dont la préoccupation première n’était pas la Palestine mais la critique de l’esprit collectif et le traitement des mythes religieux en général. Dans son livre La Farce de l’esprit humain, Al-Wardi a consacré de précieuses pages à discuter des contradictions du texte biblique avec une sarcasme acerbe et mordant, considérant que ce qu’on appelle « l’histoire biblique » n’est rien d’autre qu’une farce mentale consacrée par des siècles d’endoctrinement.
· La Farce de l’esprit humain : Al-Wardi a choisi ce titre tempétueux pour suggérer que la pensée humaine, soumise à l’autorité et aux mythes, peut se transformer en farce. Dans le livre, Al-Wardi analyse le cas de la réception erronée des textes religieux en général, soulignant les contradictions flagrantes du texte biblique. Bien qu’Al-Wardi n’ait pas consacré un ouvrage indépendant entier à la critique de la Bible, des chapitres de ce livre restent parmi les écrits arabes les plus audacieux du milieu du XXe siècle dans la critique du fondement spirituel du projet sioniste. Al-Wardi disait que « le penseur doit libérer son esprit des contraintes de la société ».
Quant au penseur irakien Fadel Al-Rubaie, il est allé plus loin, présentant une thèse audacieuse mais controversée : que la « Terre de la Bible » originelle n’est pas la Palestine mais le Yémen antique. Dans son livre La Palestine imaginée : La Terre de la Bible dans l’ancien Yémen, Al-Rubaie a tenté de prouver, par une analyse linguistique du texte hébreu ancien et sa correspondance avec des noms de lieux au Yémen, que les anciens Hébreux ne sont pas sortis d’Égypte vers la Palestine, mais vers le sud de la péninsule arabique. Si cette thèse est correcte, elle renverserait tout : la Palestine n’est pas du tout la « Terre promise », et l’ensemble du projet sioniste est construit sur une erreur géographique-historique colossale. Al-Rubaie a dit : « Les récits bibliques dominants ont été fondés sur la monopolisation de la tragédie », soulignant que les élites occidentales et juives ont contribué à consacrer ce récit pour servir des objectifs politiques.
Mais la thèse d’Al-Rubaie a rencontré d’importantes critiques de la part des cercles académiques arabes, car elle s’appuyait sur des comparaisons linguistiques parfois faibles, et parce qu’elle contournait l’archéologie établie de la Palestine. Certains l’ont accusée de disperser les efforts palestiniens et de détourner l’attention des réalités concrètes de la Palestine elle-même (fouilles, villes, villages détruits). Néanmoins, la thèse d’Al-Rubaie est l’exemple le plus marquant d’une tentative arabe audacieuse de déconstruire le récit à la racine.
21.3 La trajectoire de la « déconstruction du récit biblique » dans la culture arabe contemporaine
Au cours des deux dernières décennies, un courant arabe plus organisé et méthodologiquement modeste, mais digne d’attention, a émergé. Des penseurs et chercheurs comme Muhammad Al-Salibi, Fadel Al-Rubaie (implicitement), et un groupe de traducteurs et éditeurs ont entrepris la traduction et la publication des œuvres d’archéologues bibliques critiques occidentaux et israéliens comme Finkelstein, Thomas Thompson et Keith Whitelam. La Bible dévoilée de Finkelstein et Silberman a été traduite en arabe, de même que La Bible dans l’histoire : comment les écrivains créent le passé de Thomas Thompson, et Comment le peuple juif fut inventé de Shlomo Sand.
C’est là l’importance de la traduction : le lecteur arabe a été introduit, pour la première fois et largement, aux confessions des archéologues israéliens eux-mêmes concernant l’ahistoricité de l’Exode, de la Conquête et du Royaume de David et Salomon. Cette réalisation n’est pas moins importante qu’une quelconque paternité arabe authentique, car elle a ôté aux sionistes leur argument selon lequel la critique arabe des récits bibliques n’est qu’un « sentiment nationaliste », prouvant que la critique vient des laboratoires d’archéologie israéliens avant tout autre lieu.
Néanmoins, un problème persiste : nombre de ces traductions n’ont pas atteint le grand public dans une présentation attrayante ; elles ont été imprimées par de petits éditeurs avec une distribution limitée. La critique arabe indigène est restée largement académique ou semi-académique, et n’a pas encore produit une œuvre complète intégrant l’archéologie, la génétique, la théorie nationaliste et l’analyse du colonialisme de peuplement dans un seul format littéraire pour le lecteur général. C’est précisément ce que ce livre tente d’être.
Chapitre vingt-deux : La scène israélienne – Post-sionisme et archéologie critique
22.1 La révolution archéologique interne : Du rêve mythique à la réalité excavée
Le plus grand danger pour le projet sioniste n’est pas la critique de l’Occident ou des Arabes, mais la critique de l’intérieur – des chercheurs et universitaires israéliens eux-mêmes. Depuis la fin des années 1980, la scène israélienne a été témoin d’un mouvement intellectuel connu sous le nom de « post-sionisme », qui a fait de la déconstruction des mythes fondateurs israéliens un objectif central.
À l’avant-garde de ces figures se trouve l’archéologue Israel Finkelstein de l’Université de Tel-Aviv, qui, dès les années 1990, a mené une nouvelle tendance en archéologie biblique, affirmant que « la sortie d’Égypte n’a pas eu lieu », que la « conquête biblique de Canaan » a laissé peu de traces matérielles, et que le « royaume uni de David et Salomon » n’était qu’un petit village à Jérusalem indigne d’un empire. En collaboration avec l’historien Neil Asher Silberman, Finkelstein a publié son retentissant livre La Bible dévoilée : La nouvelle révélation de l’archéologie (2001), dans lequel il admet explicitement : « L’ancien consensus archéologique biblique s’est effondré, et nous savons aujourd’hui que la plupart des grandes histoires de la Bible ne sont pas de l’histoire mais de la littérature. » Cette admission de la part d’un archéologue juif israélien de l’Université de Tel-Aviv a été un véritable séisme, mais l’Occident sioniste a pu quelque peu la neutraliser (l’accusant de trahison, l’ignorant dans les médias, empêchant son influence sur les programmes éducatifs).
22.2 Shlomo Sand : « L’invention du peuple juif » et « L’invention de la Terre d’Israël »
Puis vint l’historien Shlomo Sand (professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université de Tel-Aviv) pour faire quelque chose d’approchant « la dynamisation complète du terrain ». Dans sa trilogie : Comment le peuple juif fut inventé (2008), L’invention de la Terre d’Israël (2012), et La race imaginaire : brève histoire de la haine des Juifs, Sand démolit tout.
· Dans Comment le peuple juif fut inventé (traduit en arabe et publié par plusieurs presses palestiniennes et arabes), Sand a prouvé, sur la base de preuves historiques et génétiques, que le « peuple juif » en tant qu’unité ethnique d’origine commune en Palestine est une invention nationaliste moderne, et que le judaïsme a toujours été une secte religieuse, non une nation. Il a vigoureusement réfuté le mythe de « l’exil romain » après la destruction du Temple, affirmant que la plupart de la juiverie mondiale actuelle est d’origine européenne, khazare ou nord-africaine convertie au judaïsme à différentes époques. Les livres ont provoqué une énorme tempête et ont forcé Sand à changer de garde à l’université et à faire face à des accusations de trahison.
· Dans L’invention de la Terre d’Israël, Sand a continué à déconstruire le sacré lui-même : la « Terre d’Israël » biblique elle-même n’est pas une unité géographique fixe de l’antiquité mais une unité imaginaire, que les sionistes ont réinventée pour la faire apparaître comme une patrie naturelle pour les Juifs. Sand retrace l’évolution du concept de « Terre d’Israël » d’un simple désir religieux dans les textes anciens à un nationalisme laïc violent après le sionisme. Il pose une question embarrassante : comment une terre peut-elle être « sainte pour un peuple » alors que ce peuple revendiquant la sainteté n’en a pas été la majorité démographique depuis plus de deux mille ans ?
Cette audace intellectuelle a placé Sand dans le « camp ennemi » des cercles sionistes traditionnels, mais a fait de lui un héros dans les milieux de la gauche israélienne, mondiale et des militants palestiniens.
22.3 Plus de voix critiques : Herzog, Masalha, Falken, et d’autres
Il n’y avait pas que Finkelstein et Sand. Il y a Ze’ev Herzog de l’Université de Tel-Aviv, qui a publié un retentissant article dans Haaretz en 1999 intitulé « La Bible n’est pas historique », affirmant que les preuves archéologiques prouvent que l’Exode, la Conquête et de nombreuses histoires bibliques se sont en réalité produites plus tard ou n’ont jamais eu lieu.
Puis il y a l’historien et activiste Nur Masalha (Palestinien-Israélien), qui écrit de Londres mais a ses racines en Palestine. Il a publié des livres importants tels que La Bible et le sionisme : traditions inventées, archéologie et post-colonialisme, La Bible sioniste : précédent biblique, colonialisme et effacement de la mémoire, et Transfert entre autres. Masalha est l’un des piliers des écoles critiques post-sionistes, avec un accent particulier sur le sionisme comme mouvement de peuplement de remplacement utilisant des outils juridiques et religieux pour voler la terre et la mémoire.
Raphael Falken est un chercheur autrichien basé à Jérusalem qui a produit des travaux sur les études coloniales de peuplement, comparant le cas palestinien avec les populations autochtones d’Australie et d’Amérique.
22.4 Valeur et critique de cette production : Audace mais isolée du public
Il est faux d’imaginer Israël comme un bloc homogène hostile à tous ses critiques. Il existe un mouvement universitaire critique de haut niveau protégé par une liberté académique relative au sein des universités israéliennes, en particulier Tel-Aviv et Haïfa. Beaucoup de ces universitaires écrivent en hébreu et en anglais, et sont parfois traduits en arabe (comme avec les livres de Sand et les articles de Finkelstein). Mais le problème n’est pas la qualité de cette critique – elle est excellente et raffinée – mais qu’elle atteint rarement le grand public israélien, qui reçoit une éducation nationale complètement opposée. La critique post-sioniste est restée confinée aux cercles universitaires progressistes de gauche, aux capitales occidentales et à certaines élites arabes, tandis que l’éducation scolaire israélienne a continué à enseigner la Bible comme histoire et à ancrer des images stéréotypées de l’ennemi palestinien.
Ce qui distingue notre livre, c’est qu’il ne suppose pas que le lecteur sera un universitaire ou un critique professionnel, mais s’adresse au lecteur général avec une haute éloquence, réunissant ces théories dans un seul contexte fluide et concis (80 pages), pour être une alternative potentielle et attrayante aux matériaux denses et parfois épuisants. Nous ne nous contentons pas de résumer les livres de Sand, par exemple, mais nous les intégrons à une analyse archéologique (de la terre) et à une critique génétique, dans un langage littéraire qui fait du texte un « livret » non une « thèse ».
Chapitre vingt-trois : La scène internationale – Approches post-coloniales et problématique théologique
23.1 La Bible et le colonialisme : Une critique éthique radicale
Loin des universités israéliennes et arabes, des écoles critiques rigoureuses ont émergé en Occident (notamment en Grande-Bretagne et en Amérique) concernant l’utilisation de la Bible pour justifier le colonialisme. Fait frappant, certains des critiques les plus éminents étaient eux-mêmes des prêtres chrétiens, c’est-à-dire des lecteurs théologiques profonds de la Bible.
À l’avant-garde de ceux-ci se trouve le prêtre britannique le père Michael Prior, qui a publié son célèbre livre The Bible and Colonialism: A Moral Critique en 1997. Dans cet ouvrage brillant, Prior soutient que les allégations de « promesse divine » de la terre dans la Bible ne sont pas de simples histoires religieuses innocentes, mais des campagnes de légitimation divine pour le nettoyage ethnique. Prior dit avec une franchise étonnante : « On ne peut séparer la promesse divine de la terre du génocide des peuples autochtones dans le livre de Josué. »
En collaboration avec d’autres chercheurs, Prior a développé un autre livre traduit en arabe intitulé La Bible et le colonialisme de peuplement : Amérique latine, Afrique du Sud, Palestine, un travail comparatif sur trois modèles de peuplement qui ont utilisé la Bible comme justification. Il discute comment les colons européens en Amérique latine ont utilisé la saisie des terres autochtones « au nom du Seigneur », comment les Boers (Afrikaners) ont fait de même en Afrique du Sud, et comment les sionistes le font maintenant en Palestine.
La vertu du travail de Prior est qu’il frappe profondément dans la théologie elle-même : non pas le colonialisme de peuplement avec un couvert religieux, mais la religion elle-même, dans son expression littérale de « promesse divine », est le motif violent. C’est une position très audacieuse et attrayante pour le débat religieux-politique.
23.2 Nur Masalha et le post-colonialisme en Palestine
Nous avons mentionné Nur Masalha dans le contexte israélo-palestinien. Mais il fait également partie intégrante de la scène occidentale, car il écrit et publie en anglais à Londres, et s’appuie largement sur les théories post-coloniales (Edward Said, Gayatri Spivak, Homi Bhabha). Dans son livre The Bible and Zionism: Invented Traditions, Archaeology and Post-Colonialism in Palestine-Israel (2007), Masalha aborde des questions centrales : comment la « tradition judéo-biblique » a-t-elle été inventée comme base du colonialisme européen moderne au Moyen-Orient ? Comment les vestiges palestiniens-cananiens authentiques ont-ils été occultés au profit du récit biblique importé ? Masalha s’appuie sur ce qu’il appelle la « critique éthique » et le post-colonialisme pour déconstruire l’héritage des arguments bibliques en politique. Il conclut que le « peuple autochtone de Palestine » n’est pas seulement un terme mais un fait historique incontestable, tandis que l’identité « juive » du peuple de Palestine est « fictive », exportée d’ailleurs.
23.3 Études comparatives du peuplement : De l’Amérique à la Palestine
Il existe ensuite le vaste champ des Settler Colonial Studies, qui s’est considérablement développé au cours des deux dernières décennies grâce à des chercheurs comme Patrick Wolfe, Lorenzo Veracini et d’autres. Ils étudient des modèles récurrents : achat de terres, déplacement de population, établissement de « points de peuplement » en expansion constante, création de systèmes juridiques doubles servant les colons et réprimant les autochtones, et génération de mythes fondateurs sur la « terre vide » ou la « mission civilisatrice ». Les livres comparant la colonisation de l’Amérique, de l’Australie et de la Palestine, et en extrayant des lois générales, sont connus comme « vers une théorie générale du colonialisme de peuplement ». Beaucoup de ces études sont appliquées directement et de manière passionnante à la Palestine.
23.4 Les lacunes : Leur dépendance à une spécialisation académique rigoureuse, et l’absence d’un langage engageant
Tout ce travail international de haut niveau est essentiel et indispensable. Mais le problème est double :
· Premièrement : La plupart est écrit dans un langage académique complexe d’Oxford/Cambridge, prisonnier des terminologies, notes de bas de page et références. Le lecteur moyen – même instruit – peut se perdre dans des pages denses non égayées par une touche littéraire ou rhétorique. L’impact émotionnel et persuasif de ces livres sur le grand public est limité.
· Deuxièmement : La rareté des soi-disant « courts livres » qui rassemblent des sujets dispersés dans un format élégant, concis mais accessible, atteignant le plus grand nombre de lecteurs. Ce livre est une tentative de combler cette lacune : non un tome académique épuisant, mais un guide ciblé de vingt pages par section, présentant chaque trilogie (archéologie, génétique, critique nationaliste, histoire comparée du colonialisme de peuplement) dans un langage littéraire raffiné mais rapide et vivant. Il peut être lu en une seule séance ou transporté dans un sac.
Chapitre vingt-quatre : Qu’y a-t-il de nouveau dans ce livre ?
Après avoir examiné les scènes arabe, israélienne et internationale, nous pouvons maintenant répondre avec confiance à la question centrale : qu’y a-t-il de nouveau dans ce petit livre ? Il y a au moins cinq ajouts qualitatifs :
24.1 Combiner les quatre dimensions dans un seul format cohérent
Le livre ne se contente pas de la dimension archéologique (déconstruction du récit biblique) comme dans les livres de Finkelstein et Thompson, ni de la dimension génétique (déconstruction du concept de peuple) comme dans les livres de Sand et d’autres articles, ni de la dimension théorique nationaliste-coloniale comme dans les travaux de Masalha et Fayez Sayegh. Il présente une combinaison rare de quatre dimensions : (1) l’archéologie, (2) la génétique et l’histoire des populations, (3) la critique du nationalisme et l’invention du peuple juif, (4) l’analyse théorique du colonialisme de peuplement comparé. C’est la première fois (du moins dans la littérature arabe) que ces dimensions se rencontrent dans un seul livre court et cohérent. Le lecteur n’a besoin d’aucune référence différente ; il peut obtenir une vision intégrée de la couverture à la couverture.
24.2 Le langage littéraire-politique comme stratégie de persuasion
La plupart des sources précédentes (arabes, israéliennes, internationales) écrivent dans un langage académique sec ou politique direct. Ils sont soit secs, soit en colère, soit longs. Notre livre adopte consciemment un langage littéraire élevé, ressemblant à de la prose poétique, avec des métaphores interconnectées (terre, creusement, gènes, mythe, corps, mémoire). « La terre n’oublie pas », « La terre parle », « Quand la terre parle ». Ces phrases ne sont pas un embellissement ; elles font partie de la construction de la vérité elle-même : la terre représente la matière durable qui ne peut être falsifiée, contrairement aux textes sacrés ouverts à l’interprétation. Cette structure littéraire-politique rend le livre plus persuasif émotionnellement et esthétiquement, déplaçant le lecteur d’une position de « réception passive d’informations » à une « immersion émotionnelle dans la cause ». Cela manque dans la plupart des études critiques sèches.
24.3 Ne pas se limiter à la critique mais présenter une « théorie alternative »
La plupart des études arabes et occidentales critiques se contentent de démolir le mythe sioniste mais ne fournissent pas de théorie complète sur qui sont vraiment les Juifs contemporains, ni sur la nature de l’État palestinien alternatif souhaité. Notre livre, s’appuyant sur les travaux de Sand, Masalha et la théorie de la dépendance de Samir Amin, va au-delà de la démolition pour présenter un projet de savoir alternatif : que le « peuple juif » est une invention moderne d’une secte religieuse, que la philosophie juive du « droit au retour » ne repose sur aucun fondement historique, génétique ou éthique, et que la solution juste est un État démocratique unique pour tous les citoyens, avec une redéfinition du judaïsme comme religion, non comme nationalisme politique. Cette vision constructive – présentant une alternative à la solution inefficace des deux États – est rare dans la littérature arabe, qui préfère souvent rester dans la déconstruction et la dénonciation sans reconstruction.
24.4 Lier la « terre palestinienne » et la « diaspora palestinienne » dans un seul discours
Ce qui distingue ce livre, c’est peut-être l’inclusion de la terre comme personnage principal. La terre en Palestine n’est pas seulement de la poussière ; c’est une « mémoire vivante » sous les pieds. Chaque couche archéologique parle, et chaque grain de poussière refuse de trahir. Dans la littérature post-coloniale, l’humain (le Palestinien ou le réfugié) est souvent le centre du récit ; ici nous ajoutons la dimension matérielle (la terre et le sol eux-mêmes) comme agent historique. Cela redéfinit le « droit au retour » : non seulement le droit du Palestinien de retourner dans son pays en tant qu’être humain, mais le droit de la terre elle-même de récupérer son corps (le peuple) dont elle a été arrachée. Cette nouvelle perspective matérialiste/existentielle, ressentie par le lecteur dans la phrase répétée « la terre parle », est un ajout qualitatif inconnu de la littérature de résistance arabe antérieure.
24.5 Clarté et brièveté combinées à une référence biculturelle Orient-Occident
La plupart des livres arabes abondent en slogans et en morale mais manquent de références suffisantes aux chercheurs occidentaux et israéliens, ce qui peut rendre le discours « idéologique » aux yeux de certains lecteurs occidentaux. Inversement, certains livres occidentaux affichent la science mais manquent des motivations émotionnelles et de l’engagement éthique liés à la cause palestinienne vivante. Notre livre cherche à combiner les deux : il s’appuie sérieusement et rigoureusement sur les déclarations de Finkelstein (israélien), Sand (israélien), Prior (occidental), Masalha (palestinien-israélien), tout en maintenant une ferveur éthique arabe et orientale. Ce composite de savoir hybride donne au livre une double crédibilité et une rare exhaustivité.
Chapitre vingt-cinq : Conclusion du livre – Au-delà des références
En fin de compte, ce livre n’est pas une œuvre isolée ; il est un enfant de son environnement et l’aube d’un dialogue. Il respire l’air produit par les œuvres de Finkelstein, Sand et Masalha, et s’inspire du courage d’Ali Al-Wardi et de Fadel Al-Rubaie dans leur questionnement du sacré. Mais il prend ces matières premières pour les fondre dans un nouveau creuset : une composition culturelle arabo-occidentale mêlée d’une analyse théorique riche à la fois de littérature et de politique, dans un format maniable de poche.
La nouveauté essentielle du livre réside dans cette phrase simple : « Déconstruire la Bible archéologiquement, redéfinir le peuple génétiquement, réfuter le mythe sioniste historiquement, tout en présentant une solution politique finale – en 80 pages, dans un langage proche de la poésie, avec une audace inébranlable. »
Nous ne prétendons pas avoir découvert l’eau tiède. Tout dans ce livre doit un tribut à d’autres chercheurs qui nous ont précédés. Mais nous avons été les plus concis, les plus intégrés et les plus éloquents pour atteindre le lecteur général. « La terre parle » n’est pas seulement un titre de chapitre, mais toute une philosophie de présentation de la vérité : terrestrement, matériellement, corporellement, et dans le langage de la littérature qui pousse le lecteur non seulement à croire en la fausseté du sionisme mais à le sentir dans ses os.
Ce livre est une invitation à écouter la terre palestinienne non pas comme des ruines et des musées, mais comme une voix vivante qui respire, palpite et raconte tous ses récits à ceux qui savent creuser, non seulement avec une pioche dans la terre, mais avec un scalpel dans les textes et de la poésie dans l’âme.
---
Conclusion du livre entier
En quatre parties, nous avons essayé d’être fidèles à la vérité autant que les mots peuvent l’être. Nous avons essayé de creuser la terre comme le font les archéologues, non pour trouver de l’or ou de l’argent, mais pour nous trouver nous-mêmes. Parce que la terre qui a parlé est une terre réelle, labourée par la sueur du paysan palestinien, non la terre du mythe. Et dans cette cinquième partie, nous avons placé le livre lui-même dans le miroir de la production de savoir qui l’entoure, et nous avons constaté qu’il combine des précédents arabes intermittents, une critique israélienne interne raffinée et une critique internationale comparative éthique, mais y ajoute à tous la brièveté et le langage littéraire-politique, et peut-être ajoute-t-il une nouvelle voix – la voix de la « terre agissante ».
Nous ne concluons pas ce livre mais ouvrons une discussion avec lui. Nous espérons qu’il sera lu par les partisans et les opposants, non seulement comme une « défense des Palestiniens », mais comme une contribution à la déconstruction de l’un des plus grands mythes politiques de l’ère moderne. Si nous réussissons à convaincre certains lecteurs que la terre palestinienne mérite d’être écoutée, que les textes bibliques ne sont pas de l’histoire mais une littérature nationale ancienne, que le « peuple juif » est une invention sioniste sans rapport avec la réalité historique, et que le colonialisme de peuplement peut être vaincu comme il l’a été en Afrique du Sud et en Rhodésie, et si nous réussissons à inciter certains lecteurs juifs et chrétiens – nos lecteurs – à repenser leur relation à la politique sioniste, nous aurons réalisé ce qui est plus important que mille livres : ouvrir une brèche dans le mur du mythe, par laquelle la lumière de la vérité pourra émerger.
Que la terre entende, que ceux qui sont au-dessus de la terre entendent, et que ceux qui viendront après nous témoignent que nous avons dit la vérité autant que nous l’avons vue, que nous l’avons écrite autant que la langue l’a permis, et que nous l’avons traduite avec émotion autant que le cœur a pu le supporter. Et entre le mythe et la terre, notre décision a toujours été avec la terre. Parce qu’elle est la seule chose qui ne ment pas.
---
Bibliographie
Premièrement : Références arabes
Ces références sont au cœur de la déconstruction du récit biblique et de la critique du projet sioniste.
· Finkelstein, Israel, et Neil Asher Silberman. La Bible dévoilée : Une nouvelle vision de l’ancien Israël et des origines de ses textes sacrés à la lumière des découvertes archéologiques. Beyrouth : Dar Al-Saqi, 2002. (Traduction arabe de The Bible Unearthed).
· Note analytique : Ce livre est la référence principale pour déconstruire les mythes de l’Exode, de la Conquête et du royaume uni. Nous nous sommes appuyés sur les confessions de Finkelstein (en tant qu’archéologue israélien) pour dégager la critique de tout soupçon d’« antisémitisme ».
· Sand, Shlomo. Comment le peuple juif fut inventé. Traduit par Said Ayash. Ramallah : Centre palestinien d’études israéliennes – MADAR, 2010.
· Note analytique : Ce livre (publié d’abord en hébreu en 2008, puis en anglais en 2009) est la pierre angulaire de la déconstruction du concept de « peuple juif » en tant qu’unité ethnico-politique, argument sur lequel repose la deuxième partie du livre.
· Sand, Shlomo. L’invention de la Terre d’Israël. Traduit par Antoine Shalhat et Asaad Zaghbi. Ramallah : Centre palestinien d’études israéliennes – MADAR, 2013.
· Note analytique : Ce livre (publié en français en 2012) complète l’idée de la première partie, montrant comment la « Terre d’Israël » biblique est un concept imaginé, ce qui affaiblit davantage toute base pour le colonialisme de peuplement.
· Masalha, Nur. La Bible et le sionisme : traditions inventées, archéologie et post-colonialisme. Traduit par Victor Sahhab. Ramallah : Institut d’études palestiniennes, 2020. (Traduction arabe de The Bible and Zionism).
· Note analytique : Ce livre fournit un cadre critique combinant déconstruction narrative et analyse du colonialisme de peuplement, reflétant l’objectif global du livre.
· Sayegh, Fayez. Le colonialisme sioniste en Palestine. Le Caire : Centre de recherche – Organisation de libération de la Palestine, 1965.
· Note analytique : Cette référence (publiée à l’origine en anglais sous le titre Zionist Colonialism in Palestine) est l’une des premières études à classer le sionisme comme colonialisme de peuplement, précédant de loin son analyse comparative dans le livre.
· Al-Wardi, Ali. La Farce de l’esprit humain. 1959.
· Note analytique : Le livre mentionne cet ouvrage, l’utilisant comme exemple de critique des mythes religieux dans la pensée arabe précoce.
· Al-Rubaie, Fadel. La Palestine imaginée : La Terre de la Bible dans l’ancien Yémen (2 vols). Damas : Dar Al-Fikr, 2008.
· Note analytique : Le livre discute cette thèse audacieuse comme l’une des tentatives arabes de déconstruire la base du conflit, tout en notant ses problèmes méthodologiques.
Deuxièmement : Références étrangères
Celles-ci représentent des références critiques occidentales qui enrichissent l’étude comparative.
· Finkelstein, Israel, et Neil Asher Silberman. The Bible Unearthed: Archaeology's New Vision of Ancient Israel and the Origin of Its Sacred Texts. New York : Free Press, 2001.
· ISBN : 978-0-684-86912-4
· Note analytique : L’original du livre précédent ; le témoignage archéologique de l’effondrement du récit biblique.
· Sand, Shlomo. The Invention of the Jewish People. Traduit par Yael Lotan. Londres ; New York : Verso, 2009.
· ISBN : 978-1-84467-422-0
· Note analytique : Le texte original de la référence centrale dans la critique du nationalisme juif.
· Masalha, Nur. The Bible and Zionism: Invented Traditions, Archaeology and Post-Colonialism in Palestine-Israel. Londres ; New York : Zed Books, 2007.
· ISBN : 978-1-84277-761-9
· Note analytique : L’une des plus importantes études internationales qui analyse en profondeur l’exploitation du texte biblique à des fins coloniales.
· Prior, Michael. The Bible and Colonialism: A Moral Critique. Sheffield : Sheffield Academic Press, 1997.
· ISBN : 1-85075-815-8
· Note analytique : Prior présente une critique théologique éthique, montrant comment la « promesse divine » est utilisée pour justifier le colonialisme.
· Wolfe, Patrick. Settler Colonialism and the Transformation of Anthropology: The Politics and Poetics of an Ethnographic Event. Londres ; New York : Cassell, 1999.
· ISBN : 0-304-70339-7 (couverture rigide) ; 0-304-70340-0 (couverture souple)
· Note analytique : Un texte fondateur de la théorie du colonialisme de peuplement, que le livre a utilisé pour analyser le sionisme.
· Sayegh, Fayez A. Zionist Colonialism in Palestine. Beyrouth : Organisation de libération de la Palestine, Centre de recherche, 1965.
· Note analytique : L’original de la référence arabe antérieure ; l’une des premières études à fournir une analyse académique sérieuse du sionisme comme système colonial.
· Herzog, Ze'ev. "The Bible: No Evidence on the Ground." Haaretz, 29 octobre 1999.
· Note analytique : L’article de journal retentissant qui a déclaré que l’archéologie ne soutient pas le récit biblique, représentant un « scandale » de la critique de l’intérieur du système israélien.
Documentation de l’étude comparative
L’étude comparative ne s’est pas appuyée sur des références séparées mais a extrapolé la structure des références elles-mêmes.
Nous nous sommes appuyés sur la lecture et la comparaison des références mentionnées pour parvenir à nos conclusions concernant :
1. Les lacunes arabes : L’étude a souligné la stagnation de la production palestinienne précoce au moment de la « description politique » (le livre de Sayegh), et a critiqué la nature individuelle des efforts pour aborder le récit biblique (efforts d’Al-Wardi et Al-Rubaie).
2. La critique de l’intérieur : L’accent a été mis sur l’avantage unique offert par les références israéliennes critiques (Finkelstein, Sand, Herzog), car elles dépouillent la critique de tout soupçon d’« antisémitisme » et frappent l’idée sioniste en son cœur.
3. Les approches post-coloniales : Les contributions des chercheurs occidentaux (comme Prior) ont été examinées, qui ont fourni une critique théologique éthique, permettant à la critique de transcender les cadres nationaux étroits.
En conclusion, cette documentation est essentiellement une reconnaissance que tout travail critique sur le projet sioniste est un « effort collectif cumulatif », et que ce livre n’est rien de plus qu’un « maillon d’une chaîne » dans la recherche de la vérité. J’espère que cette section a répondu à vos exigences académiques. Si vous souhaitez ajouter d’autres références ou modifier les détails, je suis là pour vous aider
